La possibilité de devenir meilleur

Par David Gonzalez



Ce soir-là, j’ai reposé mon téléphone. Tremblant, Robert Badinter venait de se livrer à la télévision : il faut réserver à l’humain la chance de devenir meilleur ! C’est un droit sacré ! prêchait-il. Un avocat, pourtant, ne prêche pas. Il est celui qui reste au seuil de ces débats. Mais son sourire a balayé ma réserve. Alors, j’ai écouté.

La phrase que vous auriez envie de dire ce soir, lui demandait Yann Barthes dans Quotidien, celle qui vous a aidé à vivre et qui peut, nous aussi, nous faire réfléchir, ce serait laquelle ? Ce serait cette phrase de Victor Hugo, dit le ténor du barreau.


Le plus grand des abolitionnistes et aussi le plus grand, à mon sens, des poètes français. Victor Hugo disait, justement à propos de l’abolition, et répétait :


« on ne doit jamais retirer à un être humain sa vie ni la possibilité de devenir meilleur. La possibilité de devenir meilleur, c’est un droit sacré ». Et j’ajoute que c’est une vision de l’être humain que je partage complètement ! Il faut ! Il faut réserver cette chance ! C’est la grande question, vous savez, en matière de justice, à laquelle j’ai tant contribué, pour laquelle j’ai vécu tant de procès. Je sais cela ! Le droit de devenir meilleur, c’est la question majeure de la réinsertion. Il faut que l’on sache l’importance de l’exercice du droit de devenir meilleur, car sinon, cela revient à vous enfoncer dans la malédiction d’origine.


Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. À vous de vous en emparer, plaide également l’avocate Michelle Obama dans son livre, Devenir. C’est le message de Jésus-Christ. Celui du christianisme « qui récuse le fait que l’on soit condamné à reproduire les schémas classiques, condamné à n’être bon qu’à demeurer dans notre état. La liberté de pouvoir devenir disciple a inauguré celle de pouvoir apprendre un nouveau métier, d’acquérir de nouvelles compétences, de découvrir de nouveaux centres d’intérêt, de renouveler nos rêves et de hisser plus haut notre niveau d’espérance », comme l’écrit mon collègue, le pasteur James Woody.




Une nouvelle génération de leaders s’inspire ainsi de la possibilité de devenir meilleur, lorsqu’elle n’exclut personne et aspire à un idéal juste et généreux, œuvre à la guérison de la planète, combat l’injustice et la pauvreté et coopère avec d’autres pour assurer à tous un avenir meilleur. Hommes et femmes, politiques, pasteurs, avocats, artistes, entrepreneurs, artisans, employés, retraités, bénévoles, mères au foyer sont autant de « grains de sel » qui élèvent notre pays et sa culture. Ils expriment rarement, lorsque c’est le cas, le christianisme intime qui inspire leur identité, leurs actes et leur rapport à la liberté. Mais leur christianisme ne dépend pas d’un portefeuille financier ou culturel. Il est la liberté. Il est parole, progrès, action. Il transcende les systèmes de classe, les réseaux d’influence et les cercles de copinage, et transfigure l’image que l’on a de soi.

La possibilité de devenir meilleur a été portée par les grandes plaidoiries humanistes des ténors du barreau français (Gisèle Halimi, Francis Szpiner, Éric Dupont-Moretti…), mais aussi par les plaidoyers des ténors du christianisme contemporain et bien sûr ancien. Au cœur de cet évangile, qui offre une chance de devenir meilleur chaque fois qu’une femme, un homme, accepte de faire la différence, il y a l’éloquence.


Chose admirable, la poésie d’un peuple est l’élément de son progrès. La quantité de civilisation se mesure à la quantité d’imagination. (…) Il ne faut être ni dilettante ni virtuose ; mais il faut être artiste. En matière de civilisation, il ne faut pas raffiner, mais il faut sublimer, prêchait Victor Hugo, à l’aube du christianisme social.


Les mots peuvent tout changer. Ils claquent, touchent, emportent et dépassent les blocages et les dogmatismes. Ils prouvent, à l’image du slogan Yes We Can, qu’à défendre une cause ou un individu, c’est de l’humanité avant tout qu’ils se font l’avocat. Cette possibilité de devenir meilleur, ancrée dans l’aujourd’hui de l’Évangile et de la liberté, nous renvoie à nos attentes profondes et à nos contradictions. Elle questionne nos certitudes de vie. Elle nous invite à regarder dans la noirceur d’un accusé ou dans la douleur d’une victime ce qu’il y a de commun à chacun d’entre nous. C’est un état d’esprit. Malgré les revers personnels, la perte d’un emploi, un malade dans la famille ou une vie empêtrée dans la pauvreté, nous avons la chance sublime et ordinaire de devenir meilleurs, et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin.


David Gonzalez


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