La langue symbolique

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« Une science est un instrument, imparfait sans doute, mais pourtant inestimable et indispensable. Qui n’opère mal que lorsqu’elle prétend être son propre but. Une science doit servir. Elle se trompe quand elle usurpe un trône»

Commentaire sur le mystère de la fleur d’or, p 22

Quelle est notre relation à la science et au discours scientifique ?
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« Le rationalisme se fait un devoir de critiquer toute croyance littérale, toute acceptation concrète et bornée. Il perd de vue que les confessions enseignent une doctrine dont la symbolique – en dépit de l’interprétation rationaliste discutable qui en fut donnée – possède en vertu de son caractère archétypique, une vie propre»

Présent et avenir, p. 70

Sommes-nous au clair sur la distinction entre connaissance scientifique, et affirmation d’ordre symbolique, ou spirituel ?
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On a un bel exemple de la distinction entre pensée scientifique et pensée symbolique, dans l’écrit polémique de Luther De la captivité babylonienne de l’Église, où il aborde la question suivante : lors de la Cène, mangeons-nous et buvons-nous réellement le corps et le sang du Christ ? Face aux catholiques aristotéliciens qui cherchent à définir la substance de ce qui est consommé, Luther revendique le droit de ne pas s’y intéresser. Il recommande de « nous attacher simplement aux paroles du Christ, en acceptant de ne pas savoir tout ce qui s’opère dans cet acte, heureux de savoir que le véritable corps du Christ est là par la vertu de la Parole ». Et il s’écrie : « L’Esprit Saint est plus grand qu’Aristote ! ». Ce qui compte, pour lui, c’est le sens donné à l’événement par la Parole divine.

Qu’attendons-nous de la lecture des textes bibliques ? Des vérités d’ordre spirituelles, ou des données matérielles, des informations historiques ou géographiques ?
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« Il m’a paru plus important que tout de mettre en relief l’accord des états psychiques et du symbolisme, car ces analogies ouvrent un accès à l’espace intérieur de l’esprit oriental, accès qui n’exige pas de nous l’immolation de notre spécificité et ne nous menace pas de déracinement».

Commentaire sur le mystère de la fleur d’or, p.77

Les données de la science et la sagesse symbolique font travailler des espaces intérieurs très différents en nous. Sommes-nous bien au clair sur nos réactions profondes ?

On trouve dans les Actes de Jean, un vieil écrit du début du Christianisme, le récit suivant : Au moment de la crucifixion, Jean ne peut supporter la scène et s’enfuit. Mais un peu plus loin, Jésus lui apparaît et lui explique le sens symbolique de ce qui se passe, ce qui permet au disciple durement frappé de contempler la scène de toute autre façon. Jésus lui dit : « Ce dont il s’agit, je vais te le dire de façon voilée, car je sais que tu comprendras. Comprends-moi comme capture du logos, transpercement du Logos, sang du Logos, pendaison du Logos, souffrance du Logos, mort du Logos [...] Quand il m’eut dit cela à moi, […] il fut élevé sans que personne ne le vît. Une fois redescendu, je riais de tout ces gens en les entendant me dire ce qu’ils disaient de lui ; et je gardais en moi-même cette certitude unique : le Seigneur a tout fait de façon symbolique et selon une économie, en vue de la conversion et du salut de l’homme » (Acta Johannis, Corpus Christianorum, Eric Junod et Jean Daniel Kaetsli, Ecrits Apocryphes Chrétiens, Gallimard, Paris 2005. Cité dans Edward Edinger, La Création de conscience, p 50).

Les événements prennent un sens totalement différent si on est attentif à la matérialité des choses, ou si on en comprend la symbolique. Sommes-nous capables de trouver la juste distance avec nos émotions ?

Laisser advenir les associations d’images, réapprendre à rêver, à retrouver nos émotions d’enfant, avec toute la créativité que cela implique, c’est faire revivre la dimension oubliée de l’âme. Cette activité vient équilibrer la focalisation de la vie adulte sur le travail et la vie quotidienne, où la pensée dirigée est nécessaire et envahissante.

Comment pensons-nous spontanément ? En images, ou en déductions logiques ?
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« Il m’a paru plus important que tout de mettre en relief l’accord des états psychiques et du symbolisme, car ces analogies ouvrent un accès à l’espace intérieur de l’esprit oriental, accès qui n’exige pas de nous l’immolation de notre spécificité et ne nous menace pas de déracinement».

Essais sur la symbolique de l’Esprit, le dogme de la Trinité, p 228

Qu’est-ce que le mythe pour nous ? De quels documents disposons-nous sur les mythologies des peuples anciens ?

« Pour les Grecs, les Egyptiens étaient les plus sages. Au niveau historique, on ne sait pas sur quoi repose ce point de vue. Les Egyptiens n’avaient pas de philosophie, ni aucune science à l’exception de l’astrologie, rien du tout. Mais ils avaient une mythologie – voila, nous y sommes – qui contient une sagesse et une profondeur incroyable»

Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, p. 151.

Comprendre la langue mythologique est un défi nouveau pour nos habitudes de pensée. Pourtant les enfants comprennent bien intuitivement les contes qu’on leur raconte. Saurons- nous retrouver cette langue de nos ancêtres, et apprendre peu à peu à entrer dans la sagesse qu’elle véhicule ?
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« La vie terrestre du Christ est ce qu’on en a fait. La réalité terrestre de l’homme [Jésus] étouffe sous une avalanche de projections [...] L’image de l’homme Dieu est vivante en nous et s’est incarnée, c'est-à-dire projetée sur l’homme Jésus, afin de se manifester sous forme visible pour que les humains puissent reconnaître en lui leur propre homo intérieur, leur Soi».

La vie symbolique, p. 154

Pouvons-nous accéder à cette perception d’une présence intérieure d’une figure divine ?

Le dogme de la naissance virginale doit se comprendre symboliquement : « la maternité divine symbolise les processus universels de maturation psychologique et spirituelle lesquels valent pour les deux sexes... Dieu cherche à naître encore et encore au sein de l’âme » (John Dourley, La maladie du christianisme, p 212).

Chaque croyant se voit ainsi appelé à chercher au fond de lui une compréhension intime du langage des églises.

Jung écrit dans son livre rouge : « Si la parole est un signe, elle ne signifie rien. Mais si elle est un symbole, alors elle signifie tout».

Le symbole est essentiel à la vie psychique, car il nous met en relation avec l’Autre en nous :

 

« La volonté consciente ne peut atteindre une telle unité symbolique. Car dans ce cas, le conscient est l’une des parties. Son adversaire est l’inconscient collectif, qui ne comprend pas le langage du conscient. Il a par suite besoin du symbole qui opère « magiquement » : celui-ci contient cet aspect analogique primitif qui parle à l’inconscient. Seul le symbole permet d’atteindre et d’exprimer l’inconscient….le symbole est d’une part l’expression primitive de l’inconscient et d’autre part l’idée qui correspond à la plus haute réalité pressentie par la conscience »

(C.G. Jung, Commentaire sur le mystère de la fleur d’or, p 46).