D'autres témoignages

Je ne pouvais pas arrêter. Comme un alcoolique qui ne peut pas arrêter de boire, je ne pouvais pas arrêter de m’affamer (de me priver).

Levenson, Anorexia : It is not who you think, Inklings, April 16, 2013

 

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Je détestais que tout le monde parlât de moi tout le temps. J’étais fatiguée d’être toujours différente, toujours malade, misérable. Et, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas changer toute seule.

 

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C’était comme vivre avec une personne abusive

J’étais misérable, mais j’y revenais,

Parce que c’était prévisible

C’est un conte de fées corrompu

Je luttais pour garder l’espoir

La boulimie m’a cassée et l’anorexie m’a mise à genou

Ruby Tuesday, Blog, Fev.2013

 

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Si vous m’enlevez mon anorexie (mon amie), avec quoi vais-je alors m’identifier ? En qui vais-je croire ?


 

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Chaque jour, semaine, mois, les défis qui me semblaient impossibles, devenaient plus faciles. Bien entendu il y avait des jours quand je voulais revenir à mes vieilles habitudes, mon « confort » dans l’anorexie puisque c’était ce que je connaissais. […], Mais je me rappelais ce qu’était la faim, et aussi mon dégout d’être la personne manipulatrice, trompeuse et agressive que j’étais devenue. Cela fait 4 ans que mes rapports avec la nourriture, l’exercice et mon corps sont transformés. Parfois quand je repense à cette personne qui ne pouvait pas terminer un repas sans pleurer, je suis étonnée par combien on peut changer.

S. Hatzis (souffrant d’anorexie 2010-2015, en récupération 2015-2019), traduction de l’auteur

 

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La loi anti-fumeur est entrée en application pendant mon hospitalisation. Bien entendu les patients n’avaient pas le droit de fumer, mais ils le faisaient quand même. Souvent les soignants sortaient pour fumer et parfois il n’y en avait plus aucun dans le service. Alors, je me disais que les addictions étaient plutôt la règle du jeu. Un infirmier m’a demandé, mes parents étant en voyage, s’ils pourraient lui ramener des cartouches de cigarettes de l’aéroport.

 

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J’existais sans vivre ; j’étais spectatrice […] pleine d’ambivalence. Je ne me supportais pas, je me faisais oublier. Me taire, m’éteindre, tout était vain.


 

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La seule chose qui était bien pour moi était le contrôle que j’avais sur ce que je mangeais. Je profitais de l’euphorie que me donnait ce contrôle. Sinon tout le reste de ma vie m’angoissait. Le poids de ma vie contrastait avec la légèreté de mon corps. Je prenais tout très au sérieux.

K. Green, Lighter than my shadow, Broche, 2013


 

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Maman me fit alors consulter une psy, je n’eus qu’une semaine de séances avant de lui dire que je refusais catégoriquement de continuer avec celle-ci. Je me sentais tout simplement incomprise. Un soir, en revenant, mon beau-père m’obligea à manger une barre de KitKat®. Je criais de toutes mes forces pour ne pas l’avaler, je pleurais comme s’il avait tenté d’introduire un bout de verre dans ma gorge. Maman pleurait et répétait : « Au risque de nous-mêmes y rester, je ne peux te laisser continuer à te tuer. » 

Noret M., Ma Victoire Contre l’Anorexie, Amphora, 2019


 

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Les soins sont standardisés, ce sont les mêmes pour tout le monde. Ils enferment sans souplesse : c’est important d’individualiser les soins, chaque enfant étant différent. Chaque thérapeute est également différent et peut ne pas convenir.

 

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Je m’appelle Marlène, j’ai 21 ans et je suis en licence de sociologie. Aujourd’hui, je pèse 59 kilos, mais je suis descendue jusqu’à 37 kilos […] mon récit met — ou remet — à jour les défaillances du système psychiatrique juvénile français du XXIe siècle.

Je vous écris parce que je veux que l’on prenne conscience que l’anorexie est encore un sujet tabou malgré les phénomènes médiatiques mis en avant ces dernières années (tels que Solenn Poivre d’Arvor ou Isabelle Caro).

À l’hôpital psychiatrique (2004), je me retrouve donc avec d’autres jeunes souffrant de différents maux psychologiques (schizophrénie, tentatives de suicide, troubles obsessionnels compulsifs, comportements violents, etc.), mais personne n’est atteint de la même maladie que moi […] La chambre où je vais être isolée pendant neuf mois sans voir mes parents, ni mes sœurs, ni mes amis. Tout cela à 16 ans. Je suis en effet mise en isolement avec juste un cahier pour écrire mes pensées, le droit à un livre par semaine, et rien d’autre. […] Je suis là pour penser à moi, me disent-ils. Penser à moi avec je ne sais combien de grammes d’antidépresseur qui me font davantage dormir que réfléchir. Voir la lumière quand on vous impose du flou, […] l’isolement dure en général un ou deux mois, mais six mois d’isolement total à 16 ans, l’âge de toutes les expériences, c’est long. […] Et en décembre 2005, après neuf mois, je revois enfin mes parents et mes sœurs. Larmes, pleurs et pathos à gogo dans la piteuse salle de visite de l’hôpital. Le plus marrant dans tout cela, c’est que je suis rentrée en isolement à 39 kilos et après avoir été nourrie par une sonde nasale, je suis sortie de l’isolement en pesant… 37 kilos ! Je vous avoue que je n’ai toujours pas compris pourquoi on m’a gardée à l’isolement ni pourquoi on m’en a sortie. […] Pendant mes permissions, j’allais voir une psychologue gratuitement dans un centre medico-psychologique pour enfants de ma ville. C’est à elle que je dois tout : je me suis sentie en confiance et j’ai retrouvé l’envie de manger et de vivre.

 

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