l’eau de la renaissance

La symbolique de l’eau est universelle, on la rencontre dans toutes les religions, et dans nombre de rêves contemporains.

Comme dans ce rêve récent, où la perspective de la rencontre avec le Soi - ici symbolisé par le personnage du président des USA - place le rêveur dans une remise en question totale symbolisée par la noyade :

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« Je fais partie d'un groupe de personne entourée par une énorme foule très compacte qui crient et montrent des signes de contentement de manière extravagante. Il y a des noirs, des blancs, ce doit être les années 1920. Il s'agit de l'investiture ou du soutien à un ancien président des USA. Je pars avec ce groupe lentement et nous sortons de cette place ou arène. J'arrive au bord d'un lac ou un fleuve. Par groupe de trois nous sommes condamnés à mort par la noyade. Je vois les personnes s'avancer sur trois pierres et devoir sauter dans l'eau, une pierre attachée à leur pied et les mains liées. Je commence à paniquer et réclame une mort par le pistolet car j'imagine une noyade douloureuse. Je me dis que je vais respirer vite sous l'eau pour mourir vite. L'atmosphère est plutôt calme. La tête d'un condamné de forte corpulence habillé en blanc sort de l'eau pour m'expliquer qu'il n'y a pas de raison de paniquer. »

On perçoit bien l’ambivalence de l’eau, à la fois destructrice et source de vie (l’habit blanc). L’analogie avec le déluge est claire : l’humanité est engloutie sous les eaux, elle meurt pour qu’un juste puisse la faire revivre. Jung note que dans le récit biblique, l’arche est l’analogue du corps maternel. Sortir de l’arche après le déluge est alors l’image de la naissance, ou de la renaissance par l’eau. Jung revient sur ce thème dans de nombreux passages de son œuvre, en analysant des rêves ou des textes mythologiques. Lorsque quelqu’un est malade, un mécanisme de renaissance ou un rite magique de renouvellement peut se mettre en place dans l’inconscient, qui s’exprime par des images d’eau. Jung raconte la vision d’une de ses patientes : un indien apparaît, qui boit à une source. Il observe que « le fait de boire l’eau de la source a transformé l’indien, l’a connecté à la réalité tangible » (L'analyse des visions, p 182). Il note aussi que dans l’antiquité, les oracles étaient donnés au dessus de sources ou de puits, comme s’il fallait aller aux sources de la vie pour connaitre le destin. Dans la mythologie nordique, le géant Mimir va boire l’eau des sources d’où coule la sagesse. Même décapité, il garde une source sous Yggdrasil, l'arbre-monde.

Le même symbolisme apparaît dans la Bible, comme dans l’Apocalypse : 

« Puis il me montra un fleuve d’eau vive, clair comme du cristal, jaillissant du trône de Dieu et de l’Agneau» (Apocalypse 22, 1). Et Jung remarque que, comme d’autres héros mythiques, passés par l’eau, « le Christ vient renaître dans le Jourdain. Il est né de la source, la mère de Dieu étant la « sempiterni fons amori», la source d’amour éternelle.

Un conte norvégien, où une princesse ensorcelée est libérée manu militari par une plongée dans un baquet d’eau, offre un bel exemple de cette métamorphose :

On perçoit bien l’ambivalence de l’eau, à la fois destructrice et source de vie (l’habit blanc). L’analogie avec le déluge est claire : l’humanité est engloutie sous les eaux, elle meurt pour qu’un juste puisse la faire revivre. Jung note que dans le récit biblique, l’arche est l’analogue du corps maternel. Sortir de l’arche après le déluge est alors l’image de la naissance, ou de la renaissance par l’eau. Jung revient sur ce thème dans de nombreux passages de son œuvre, en analysant des rêves ou des textes mythologiques. Lorsque quelqu’un est malade, un mécanisme de renaissance ou un rite magique de renouvellement peut se mettre en place dans l’inconscient, qui s’exprime par des images d’eau. Jung raconte la vision d’une de ses patientes : un indien apparaît, qui boit à une source. Il observe que « le fait de boire l’eau de la source a transformé l’indien, l’a connecté à la réalité tangible » (L'analyse des visions, p 182). Il note aussi que dans l’antiquité, les oracles étaient donnés au dessus de sources ou de puits, comme s’il fallait aller aux sources de la vie pour connaitre le destin. Dans la mythologie nordique, le géant Mimir va boire l’eau des sources d’où coule la sagesse. Même décapité, il garde une source sous Yggdrasil, l'arbre-monde.

Le même symbolisme apparaît dans la Bible, comme dans l’Apocalypse : 

« Puis il me montra un fleuve d’eau vive, clair comme du cristal, jaillissant du trône de Dieu et de l’Agneau» (Apocalypse 22, 1). Et Jung remarque que, comme d’autres héros mythiques, passés par l’eau, « le Christ vient renaître dans le Jourdain. Il est né de la source, la mère de Dieu étant la « sempiterni fons amori», la source d’amour éternelle.

Un conte norvégien, où une princesse ensorcelée est libérée manu militari par une plongée dans un baquet d’eau, offre un bel exemple de cette métamorphose :

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Une princesse est aux mains d’un démon de la montagne qui a pris la forme d’un homme très vieux à la grande barbe blanche. Il est l’amant secret de la princesse. Ensemble ils conçoivent le projet d’attirer les hommes dans les rets de la princesse. Elle leur posera une énigme et celui qui ne saura pas trouver la réponse sera décapité. C’est ainsi qu’elle est amenée à tuer tous ses prétendants. Un homme relève le défi de délivrer la princesse. Or il vient de donner une sépulture à un mort que personne ne voulait prendre en charge. Et il s’aperçoit que l’esprit de ce mort l’aide. Cet esprit va se rendre dans les lieux où la princesse et le vieux démon s’entendent sur les énigmes à poser aux prétendants, et décident des bonnes réponses. Il épie les conversations, et les rapporte au nouveau prétendant, qui par trois fois triomphe de l’épreuve. Il délivre la princesse de son enchantement et l’épouse. Mais la princesse projette encore de l’assassiner pendant la nuit de noces. C’est encore l’esprit qui avertit le prince, et lui donne l’arme pour libérer complètement la princesse. Il faut préparer un baquet d’eau et la plonger trois fois dedans. Alors, la princesse renait à elle-même.

Marie Louise von Franz, La délivrance dans les contes de fées, p 29.

On peut interpréter ce conte comme la libération d’une névrose. La princesse est prisonnière de son amour pour le vieux de la montagne. Cet amour secret est l’image de son adoration inconsciente pour l’image paternelle, elle est prise dans un nœud névrotique qui la fige dans une dynamique de puissance et de destruction. Elle est coupée de la réalité. De son côté, l’homme qui relève le défi a honoré un mort, c'est-à-dire qu’il a été attentif à une part inconsciente de lui-même. Il l’a honorée en lui donnant une sépulture, donc il l’a reconnue. De sorte que cette part reconnue se manifeste sous la forme d’un esprit qui possède une sagesse et une efficacité absolue. D’après Jung, ces attributs de sagesse habitent quelque part en nous, ils sont ceux du Soi. Le héros se montre totalement ouvert et obéissant aux indications de l’esprit, dont la sagesse lui permet de vaincre le vieux démon et de libérer la princesse en la plongeant trois fois dans un bain. Pour renaître, celle-ci doit accepter la mort symbolique de son amour secret pour le vieux, qui la coupe de la réalité du monde.

Cette prédication de Paul Tillich semble faire écho à ce conte :

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« Avons-nous surmonté nos tendances névrotiques, la révolte de nos poussées inconscientes, les scissions de notre être conscient, les maladies qui désintègrent et notre esprit et notre corps ? Avons-nous surmontés en des instants de grâce l’angoisse qui torture les profondeurs de notre cœur, l’agitation qui ne cesse de nous mouvoir et de nous fouetter, les désirs désordonnés et les répressions cachées qui reviennent ensuite sous forme de haine empoisonnée, d’animosité envers nous-mêmes, envers autrui et envers la vie ? […] Avons-nous fait l’expérience à des instants de grâce, que nous sommes rendus intègres, que les esprits destructeurs nous ont quittés, que les contraintes psychiques se sont dissoutes, que le désespoir qui est la maladie qui mène à la mort vient d’être guéri, et que nous sommes sauvés de l’autodestruction ?...voila une question qui se pose à nous. La réponse nous est donnée par ceux qui peuvent nous dire qu’ils ont fait l’expérience de la puissance curative du Christ, que l’être nouveau a saisi leur corps et leur âme, et qu’ils sont redevenus intègres et sains, que le salut est venu vers eux. Non pas sans cesse, mais en ces instants qui sont des instants de grâce et où s’anticipe l’intégrité parfaite, l’intégrité de l’être de Dieu en nous. »

Paul Tillich, L'être nouveau, p. 70-71