Les visions comme

phénomène naturel

Dans le livre de Daniel, une vision révèle au prophète le sens du rêve du roi, au cœur de la nuit. (Daniel 2, 19). Comme lui, comme l’apôtre Paul, de nombreux personnages de la Bible avaient une relation particulière avec Dieu, que ce soit par la vision, ou l’audition. Cela suppose une expérience intérieure que notre époque rejette, ou considère comme un signe de folie. Alors que nos ancêtres avaient un accès naturel à l’expérience religieuse. On peut considérer que notre culture rationaliste a fermé la porte à une partie importante de nous-mêmes. Jung la redécouvre très tôt, dans son enfance, tout comme, sans doute, de nombreux enfants dans le monde :

 

« Il me devint clair, écrit-il, que Dieu, pour moi du moins, était une expérience immédiate des plus sûres». C.G.Jung, Ma Vie, souvenirs, rêves et pensées, p. 83

Sans doute Daniel savait-il s’ouvrir à la dimension intérieure, à l’imaginal, pour être en communication avec le divin. Un disciple demanda un jour à un savant Rabbi pourquoi Dieu, qui parlait si souvent à son peuple autrefois, ne le faisait plus jamais. Le Rabbi, qui était un homme sage, répondit :

 

« L’homme ne sait plus maintenant se pencher assez bas pour entendre ce que Dieu dit ». Barbara Hannah, Rencontre avec l’âme, p. 20

Les visions, sous le nom de « voyages célestes » sont fréquentes dans l’ancienne Grèce, dans les traditions iraniennes, chez les gnostiques, et jusqu’à l’époque des mystères de Mithra, où toute initiation comportait un voyage extatique. Ces peuples les considéraient comme normales, comme un moment important de la vie spirituelle.

Jung précise :

 

« en tant que psychiatre, je dois souligner que les visions et les phénomènes qui les accompagnent ne doivent pas nécessairement être interprétés comme des phénomènes morbides. Ils ne doivent être qualifiés de « pathologiques » que lorsqu’on a fait la preuve de leur nature maladive». C.G. Jung, Réponse à Job, p.135

Jung raconte :

 

« prenons un professeur qui se croit fou parce qu’il a des visions et que, dit-il, « seuls les fous ont des visions ». Si je lui montre un livre du Moyen-Âge dans lequel il va trouver ses visions décrites avec précision, il est sidéré». Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, p.111

 

Sous notre esprit conscient marqué par la modernité, il existe dans la psyché un vaste domaine inexploré auquel les Anciens étaient ouverts. Ils n’étaient pas fous pour autant.

La folie guette lorsque le moi est faible et qu’il n’a pas de relation stable et productive avec la réalité. L’irruption de l’inconscient fait éclater ses repères, et le moi se trouve morcelé. Mais lorsque le moi est solide, il peut se confronter à la vision.

 

Jung précise :

 

« La folie est un état de possession par un contenu inconscient qui ne peut être en tant que tel assimilé par le conscient […]. En termes religieux, on a perdu la crainte de Dieu et l’on pense que tout est laissé à l’appréciation de l’homme ». C.G. Jung, Commentaire sur le mystère de la fleur d’or, p.53

 

En d’autres termes, l’homme moderne se pense dans l’étroite limite de son conscient, et ne sait plus s’ouvrir à d’autres dimensions en lui-même.

Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, p. 151.