La religion au quotidien

Le processus d’individuation trouve sa dynamique et ses racines dans l’attitude religieuse, que Jung définit comme une attitude d’observation attentive et de considération minutieuse de ce qui monte de nos profondeurs. Il raconte qu’au cours de son analyse avec lui un grand physicien :

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« décida de se mettre à l’écoute de ce que l’inconscient avait à lui dire, et l’inconscient le guida merveilleusement. Cet homme parvint à s’en sortir parce qu’il réussit peu à peu à intégrer les données symboliques qui se présentaient à lui. Il vit à présent la vie religieuse, la vie d’un observateur attentif. La vie religieuse consiste en l’observation des données. Il est à présent attentif à tout ce que ses rêves lui apportent. Ils sont son seul guide ».

La vie symbolique p.78

« décida de se mettre à l’écoute de ce que l’inconscient avait à lui dire, et l’inconscient le guida merveilleusement. Cet homme parvint à s’en sortir parce qu’il réussit peu à peu à intégrer les données symboliques qui se présentaient à lui. Il vit à présent la vie religieuse, la vie d’un observateur attentif. La vie religieuse consiste en l’observation des données. Il est à présent attentif à tout ce que ses rêves lui apportent. Ils sont son seul guide ».

Mon analyse avec Jung, p 90

Pour Jung, les activités extérieures doivent s’équilibrer avec une relation avec le monde intérieur. La pression venant d’un temps que nous pressentons comme limité provoque un excès d’engagement. Alors que notre âme a soif d’éternité.

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« la fonction de la religion est de maintenir l’équilibre psychique, car l’homme naturel sait que ses fonctions conscientes peuvent être à tout moment modifiées, affectées […] par des facteurs incontrôlables […] Aux puissances invisibles on apportera sacrifices, conjurations propitiatoires et autres actes d’essence sacrée».

Présent et avenir, p 29

Les hommes d’autrefois avaient le sentiment que tout leur était donné par Dieu, et qu’il leur fallait rendre grâce. Nous avons l’impression de tout gagner à la force de vos bras et de notre effort conscient. Nous avons les oreilles blessées, car nous ne savons plus écouter la voix intérieure. C’est bien de la dimension religieuse de la vie qu’il s’agit, que notre siècle triomphant et sûr de lui a perdue.

Cela suppose une sorte de rituel personnel, où le moi se met en relation avec le monde intérieur, et accepte ce qui vient du Soi en une sorte de service très humble et très attentif.

Or Jung remarque, comme nous l’avons relevé dans le livre, que « nous n’avons pas de temps, pas de lieu» (La vie symbolique, p.63) pour réaliser ce rituel. A chacun de nous de trouver les temps et les lieux où, par un rite personnel, nous pouvons nous relier à la divinité qui nous habite, et où nous pouvons donner à l’âme l’espace et les moments qui lui conviennent pour s’exprimer. Jung avait écrit en latin au dessus de sa porte d’entrée cet adage ancien : « Invoqué ou non, Dieu sera présent ».

Dans cette relation avec l’Autre, nous sommes libres de suivre ou non les rites de notre tradition religieuse. Mais ils gardent toute leur valeur, comme le souligne Françoise Bonardel :

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« C’est une chose de se défier des rites pour des raisons assez comparables à celles évoquées par Freud voyant en eux un comportement obsessionnel, et c’en est une autre de penser qu’ils peuvent être une incitation et un fil conducteur favorables à l’épanouissement de la vie spirituelle chez qui en a parallèlement expérimenté la dimension numineuse. »

Et selon John Dourley, « la conscience vers laquelle conduit le processus d’individuation véhicule une expérience qui doit être appelée religieuse, à ceci près que l’expérience religieuse liée à l’individuation est libre de toute autorité ecclésiastique. Reconnaître cette expérience comme parfaitement naturelle ne signifie pas que les traditions religieuses ne puissent l’enrichir, puisque c’est précisément d’une telle expérience qu’elles tirent leur origine et le potentiel de perfectionnement vital qu’elles possèdent peut-être encore ».

John P.Dourley, La maladie du christianisme. L’apport de Jung à la foi, p 128

Car Jung attribue au rite une grande importance pour la vie psychique ; « c’est un acte symbolique, exprimant l’expectation archétypique de l’inconscient. Ce que j’entends par ce terme est le fait que chaque époque de notre vie biologique possède un caractère numineux : la naissance, la puberté, le mariage, la maladie, la mort. […] C‘est un besoin qui doit être satisfait par un acte solennel caractérisant le moment numineux par un ensemble de gestes et de paroles de nature archétypique et symbolique». (C.G. Jung, Le divin dans l’homme, p.356)

Dans ce dispositif, pour Jung, la prière joue un rôle très important : « car elle rend directement réel l’au-delà supposé en pensée, et nous fait pénétrer dans la dualité du Moi et de son obscur vis-à-vis. On s’entend, et on ne peut nier « lui » avoir parlé. Se pose alors la question : que va-t-il advenir du Toi et du Moi ? Du Toi de l’au-delà, et du Moi qui se trouve de ce côté-ci ? Le chemin de l’inespéré, de ce qu’il ne faut pas espérer, s’ouvre craintivement, inévitablement, avec l’espoir d’un retournement clément, ou accompagné obstinément par cette idée : je ne sombre pas en subissant la volonté de Dieu, c’est donc que je le veux moi-même. C’est alors seulement, me semble-t-il, que la volonté de Dieu est la bienvenue». (C.G. Jung, Le divin dans l’homme, p.469)

Cette relation du moi et du Soi peut prendre les formes les puis diverses, en fonction de notre culture et de la présence effective des images intérieures. Prier la Vierge Marie, ou contempler l’étoile du Berger (Elisabeth Conesa, Article De la Vierge Marie à l’étoile du Berger, Cahiers Jungiens de Psychanalyse 151, p 87). Ou entretenir avec le Soi, ou le Christ, une relation personnelle proche du quotidien. Jung parlait d’un compagnon intérieur.

Jung a reçu d’une patiente cette lettre, écrite après un long processus de travail avec lui :

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« Du mal, il m’est sorti beaucoup de bien. En demeurant calme, en ne réprimant rien, en étant attentive, et ce qui va avec le reste, en acceptant la réalité – les choses comme elles sont et non comme je voudrais qu’elles soient- il m’est venu des connaissances singulières, et aussi des pouvoirs singuliers, tels que je n’aurais jamais pu me l’imaginer auparavant. Je pensais toujours que si l’on acceptait les choses, les choses nous dominaient d’une manière ou d’une autre. Mais en réalité, il n’en est rien, c’est seulement en les accueillant qu’on peut fixer sa position par rapport à elles. Désormais, je jouerai donc le jeu de la vie en acceptant ce que la journée et la vie m’apportent à tout moment, bien et mal, soleil et ombre qui alternent d’ailleurs constamment, et en même temps, j’accepte aussi mon être propre avec ce qu’il a de positif et de négatif, et tout devient plus vivant. Que j’étais donc sotte ! et comme je voulais obliger toutes choses aller à mon gré ! »

Commentaire sur le mystère de la fleur d'or, p.66