Le mal comme

possession par un archétype

Une personne est possédée lorsque son moi est submergé par un contenu autonome, ou ce que Jung nomme un complexe :

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« Je considère le complexe comme un ensemble d’imaginations qui, du fait de cette autonomie, est relativement indépendante du contrôle central de la conscience, et peut ainsi à tout moment infléchir ou contrecarrer les intentions de l’individu». - C.G. Jung, cité dans Viviane Thibaudier, L’inconscient et ses images, p 26. Le Martin Pêcheur, Paris, 2020.

 

« un contenu psychique, une pensée quelconque, une quelconque partie de la personnalité parvient à exercer sa domination sur l’individu. Ces contenus se manifestent à travers des convictions bizarres, des phobies, des projets obstinés». - C.G. Jung L’âme et le Soi, p. 28

Jung cite plusieurs personnalités possédées par des figures idéales : Nietzsche (par le surhomme de Zarathoustra), Hitler, Hegel, la plupart de nos dirigeants, « et combien d’autres qu’on peut traiter de démagogues pathologiques». - Cité par Marie Louise von Franz, Jung, son mythe en notre temps, p 58.

 

L’image du danseur de corde, qui ouvre Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, est celle de l’individu qui a perdu le contact avec le sol de la vie ordinaire, parce qu’il est devenu le surhomme. Il est pris au piège par ses idéaux.

On peut être aussi possédé par la persona, en s’identifiant aux personnages médiatiques, aux rôles professionnels. « Grande est la tentation d’être ce qu’on paraît, car la persona est souvent rétribuée en argent comptant», écrit Jung (L'âme et le Soi). Elle est souvent trop flatteuse, et prend facilement la personne dans ses rets.

L’anima ou l’animus peuvent aussi posséder une personne lorsqu’elle s’identifie au sexe opposé, ce qui lui donne des qualités très négatives. Chez un homme identifié à l’anima, cette partie de lui est, selon Jung, « versatile, capricieuse, excessive, incontrôlée, émotionnelle. Elle peut être mensongère, hypocrite, insondable. [Chez une femme] l’animus, lui, est rigide, bardé de principes, législateur forcené, pédant, théoricien, querelleur et dominateur» (C.G. Jung, L’âme et le Soi, p.29). La question est vitale : cette nature désagréable est-elle ma véritable nature ? Ou est-ce une puissance négative qui s’est emparée de ma personne ?

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L’ouvrage de Marie-Louise von Franz L’ombre et le mal dans les contes de fées apportera des éclairages beaucoup plus développés à ces aperçus, de façon à la fois très imagée et très pédagogique. Les contes qu’elle analyse sont beaux et peu connus du public, ce qui rajoute au charme de l’ouvrage.

Sabi Tauber, Mon analyse avec Jung, p. 151.