Liberté et Altérité - Le point de vue de la revue Libre Sens

Publié le : 2017-06-05 16:25:10
Catégories : Les médias parlent des éditions Empreinte , Les recensions de livres des éditions Empreinte temps présent

Liberté et Altérité - Le point de vue de la revue Libre Sens

Jean-Marie Thomasseau

LIBERTÉ & ALTÉRITÉ 

La Lettre de Paul à Philémon

Empreinte temps présent, 2017, 174 p., 14,90 €







Le titre étonnera à première vue pour un ouvrage consacré à l’épître de Paul à Philémon, mais finalement caractérise bien la méthode de l’auteur et résume son propos. Liberté et altérité dans son approche de la littérature paulinienne et son contexte : J.-M. Thomasseau nous offre des pages au regard neuf sur les questions de vocabulaire, de la conscience que Paul avait de lui-même, de son rapport avec les philosophies et les religions contemporaines.

Dans une réflexion continue, répartie pédagogiquement selon 21 chapitres aux titres suggestifs (on pourrait aussi utiliser le vocabulaire du théâtre, très travaillé par le professeur Thomasseau, pour parler des scènes successives d’une enquête), l’auteur revisite à l’occasion de l’épître à Philémon le ministère de Paul, missionnaire itinérant. J.-M. Thomasseau le fait avec le regard critique du spécialiste de la littérature théâtrale des XIXe et XXe siècles.

Dans sa promenade intellectuelle au gré de ses lectures éclectiques, l’auteur se propose de vérifier l’image de Paul créateur de religion et précisément défenseur de l’esclave fugitif Onésime, en la passant au crible des questions posées par le contexte historique, géographique, social, juridique, politique, religieux, linguistique, philosophique, littéraire d’univers gréco-romain des deux premiers siècles. Programme large et ambitieux ! Ce voyage initiatique en compagnie de l’apôtre esquive volontairement les controverses exégétiques et théologiques pour s’attacher à quelques champs d’investigation spécifiques, souvent liés aux domaines de la parole, aux formes d’expression, aux chaînes sémantiques, ce qui n’étonnera pas de la part d’un spécialiste du théâtre. On relèvera particulièrement l’apport de J.-M. Thomasseau sur les questions de langage et de communication : d’abord l’anthroponymie, le rapprochement des langages et des idées établissant des parallèles suggestifs, comme avec les Métamorphoses d’Ovide et les Fables de la Fontaine ; ensuite la mise en avant de la force des noms propres et des connotations qui s’y rattachent, influant sur leur destinée, à l’exemple de Paul, « paulos » le « faible »… Les réflexions de l’auteur sur l’oral et l’écrit font aussi partie de l’apport important de son travail : la pensée orale est plus ductile, permettant aux idées de se structurer et de s’adapter aux auditeurs ; l’écriture et la lecture fonctionnent comme un jeu de miroir subtil, favorisant la communication et la réception, faisant par exemple d’Onésime un porte-parole dans toute la richesse de cette expression, porteur d’un message qui le concerne directement.

Les observations sur les rapports avec les philosophies épicuriennes et stoïciennes ainsi que les étapes passant par les cultes à mystères, les questions éthiques de l’époque apportent moins de nouveautés.





Liberté et Altérité - La lettre de Paul à Philemon

Puisant dans une littérature surabondante sur le sujet, l’auteur passe en revue pratiquement tous les domaines d’étude, certains étant peu abordés dans les commentaires théologiques de l’épître. Cet aspect novateur excite la curiosité du lecteur, mais montre également la fragilité de certains concordismes, comme ceux appliqués au traitement du culte de Mythra ou du vocabulaire religieux en général ! On se permettra aussi de douter que les « convictions de Paul se soient forgées par ouï-dire », remarque cadrant mal avec les bases intellectuelles et spirituelles que l’auteur reconnaît à Paul par ailleurs. Quelques rapidités dans la bibliographie mériteraient d’être corrigées : Régis Burnet et non Brunet, Joseph Huby et non Hub, Emmanuelle Valette-Cagnac et non Vallette-Cagnac, Meyrueis au lieu de Merveis pour l’éditeur (1855) du commentaire écrit par Calvin qui d’ailleurs a été réédité plus récemment chez Kérygma (1991) et quelques incohérences au niveau des éditeurs. Ces remarques ne remettent en cause ni le mérite ni l’agrément intellectuel de cet essai peu commun.

En conclusion, J.-M. Thomasseau fait du cas de l’esclave Onésime le lieu d’une leçon d’humanité articulée à la recherche d’une nouvelle altérité. À côté des commentaires théologiques classiques de l’épître, on réservera donc une place à cette approche complémentaire, ludique et parfois impertinente – liberté et altérité – du plus petit écrit paulinien connu (25 versets).

Daniel Bach

Pour la revue LibreSens

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