«Honte» aux évêques qui n’appellent pas à voter contre Lepen

Publié le : 2017-04-30 10:30:34
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«Honte» aux évêques qui n’appellent pas à voter contre Lepen

LE MONDE | 26.04.2017 à 17h44 | Par Christian Delahaye (Chargé d'enseignement au Theologicum, faculté de théologie de l'ICP, professeur au centre d'études théologiques de Caen)






« Honte » aux évêques qui n’appellent pas à voter contre Marine Le Pen

A quelques jours du second tour de la présidentielle, la Conférence des évêques de France ne donne aucune consigne de vote constate, dans une tribune au « Monde », le théologien Christian Delahaye. Ce sont les seuls responsables confessionnels à faire tomber la digue anti-FN.


TRIBUNE. « Chrétiens, nous ne supportons pas les mensonges du candidat de l’exclusion, du mépris et de la haine, notamment quand il détourne l’Evangile à son profit. Le projet de société qu’il [le candidat FN] propose n’a rien à voir avec le message d’amour et d’espérance du Christ. » Ainsi la Conférence des évêques de France (CEF) a-t-elle alerté contre le vote FN au deuxième tour de la présidentielle… en 2002.


Quinze ans plus tard, changement de pied épiscopal : la même Conférence des évêques de France, dans un communiqué publié au soir du premier tour, « n’appelle pas à voter pour l’un ou l’autre candidat ». La dénonciation de la candidature « de l’exclusion, du mépris et de la haine » n’est plus à l’ordre du jour des dirigeants catholiques, lesquels persistent cependant à faire « la leçon aux responsables politiques », comme Le Monde le titrait le 14 octobre 2016, à l’occasion de la publication d’un texte général des évêques sur la vie politique.


Honte aux évêques qui n'appellent pas à voter contre Marine Lepen

Une leçon aux journalistes

Autrement dit, ne pas prendre position en faveur de tel ou tel candidat après le premier tour permettrait, selon les évêques, d’éviter bizarrement que « notre démocratie ne se transforme en société de violence ». Ils font la leçon aux journalistes, pour un « rôle ajusté des médias, qui n’amène pas à l’hystérisation ». Une hystérisation qui couvait très certainement lorsque la CEF dénonçait en 2002 le candidat « des mensonges, de l’exclusion, du mépris et de la haine ».



Ainsi se confirme l’effondrement de la digue catholique anti-FN que des grandes voix – les cardinaux Lustiger et Decourtray en tête – avaient contribué à bâtir avec, ici et là, des évêques qui n’hésitent plus à recevoir en public des élus frontistes (Mgr D. Rey, ou Mgr J.-P. Cattenoz).



Même si quelques jeunes tentent de faire de la résistance(prise de position de la Jeunesse ouvrière chrétienne de France [JOC] le 24 mars), cet effondrement fait s’ouvrir de larges brèches à la droitisation catholique, avec les appels au ni-ni lancé par Sens commun –organe politique de La Manif pour tous – et Jean-Frédéric Poisson (Parti chrétien démocrate), et même les brèches de l’extrême droitisation, avec Christine Boutin, qui prône « le vote révolution en faveur de Marine Le Pen », et La Manif pour tous qui appelle à « s’opposer à Macron », ce qui revient à voter Le Pen sans le formuler explicitement.



Choix remarquable

Les évêques ont donc confirmé leur renoncement à combattre le Front national en laissant nombre de leurs ouailles libres de voter et de faire voter Le Pen. Leur choix est d’autant plus remarquable qu’ils sont les seuls responsables confessionnels français à ne pas appeler à voter contre la candidate FN.

Dès avant le premier tour, le Conseil national de l’Eglise protestante unie de France alertait « contre la catastrophe en train de se nouer avec le discours national et xénophobe de l’extrême droite » ; depuis dimanche 23 avril, toutes les confessions sont à l’unisson de cette alerte religieuse anti-FN : le CFCM (Conseil français du culte musulman), qui dénonce « les démarches d’exclusion » et appelle à un vote Macron « large », la Grande Mosquée de Paris et la Fédération nationale musulmane, qui appellent à voter « massivement » Macron, le grand rabbin de France, qui appelle « tous ceux qui croient et espèrent en la France à voter Macron, qui porte l’espérance de fraternité », le CRIF, l’UEJE et toutes les organisations juives de France, qui appellent à « faire barrage au FN ».

Les évêques sont seuls à faire honte aux fondamentaux de l’Evangile, l’accueil de l’étranger et la fraternité. Dans une société plurireligieuse où le catholicisme reste de loin la première tradition, si Marine Le Pen accède à l’Elysée, elle pourra leur dire un grand merci. Cathos gratias !

Scandales. Les défis de l'Eglise catholique

Christian Delahaye (Chargé d’enseignement au Theologicum, faculté de théologie de l’ICP, professeur au centre d’études théologiques de Caen)


Christian Delahaye est l’auteur de « Scandales. Les défis de l’Eglise catholique », éditions Empreinte temps présent, 250 pages, 16,90 euros.



Article diffusé sur le Monde.fr ce 26 avril 2017

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