Du sel sur les plaies de l'Eglise - Le Magazine Littéraire

Publié le : 2017-06-05 17:07:09
Catégories : Les médias parlent des éditions Empreinte

Du sel sur les plaies de l'Eglise - Le Magazine Littéraire

Du sel sur les plaies de l’Eglise*

Prêtres pédophiles, alignement sur les thèses du Front national, Manif pour tous…

CHRISTIAN DELAHAYE estime que l’Eglise française a oublié tous les Evangiles. Par-delà le seul cadre hexagonal, il n’épargne pas le pape François.

Par André Masse-Stamberger



Enseignant en théologie et journaliste au Quotidien du Médecin, Christian Delahaye dénonce avec une rare vigueur deux scandales entâchant l’Eglise catholique : l’omerta recouvrant les affaires de pédophilie et l’alignement de l’institution sur les thèses du Front national. Au-delà, c’est la tête elle-même qui est visée.

Christian Delahaye mène un combat fougueux, autant contre le scandale lui-même que contre les tentatives pour l’étouffer, au travers du cas du père Bernard Preynat, ou des silences du cardinal Barbarin. Certains objecteront qu’il serait temps de passer à autre chose, que l’Eglise a mis en place en 2001 une obligation de signalement. Or, trente-deux affaires auraient été couvertes, selon Mediapart, par une vingtaine d’évêques français, depuis le début des années 1960. En clair, des responsables catholiques (dont quatre actuellement en fonction) n’auraient pas signalé à la justice certains agissements coupables dont ils auraient eu connaissance. Le caractère récent de ces informations montre que Christian Delahaye ne conduit pas un combat d’arrière-garde. On entre un peu plus dans le vif du sujet lorsqu’il évoque la résistance passée de l’Eglise catholique face aux idées du Font national. Naguère, le cardinal Lustiger fustigeait « l’avilissement négationniste de Le Pen ». Il y avait un cordon sanitaire, il vient de se déchirer. L’auteur en veut pour preuve le rejet des migrants.

« Après avoir nié l’enseignement primordial des Ecritures, il insulte toute l’humanité », et c’est un autre scandale.


Scandale. Les défis de l'église catholique


Mais là où bouillonne la colère, là où l’insupportable atteint son acmé pour Christian Delahaye, c’est avec la Manif pour tous qui, le 13 janvier 2013, rassembla 800 000 personnes (selon les organisateurs). Regroupant de nombreuses organisations d’obédience chrétienne, elle se signale honteusement par le fait que, « pour la première fois, des manifestants sont descendus dans la rue non pour revendiquer un droit, mais pour s’opposer à ce qu’un droit soit accordé à une certaine catégorie de citoyens. » Avec la Manif pour tous s’exprime, selon l’auteur, un quadruple déni : de catholicité, d’homophobie, d’homosexualité et de démocratie.

Régressions moyenâgeuses

Impitoyable mais analyste aigu, l’auteur discerne aussi au travers des récentes pratiques ecclésiastiques un formidable « saut périlleux arrière dans le Moyen Âge », en fait une haine de notre monde sécularisé. C’est le retour de la messe en latin dans son rite médiéval, le retour du culte des reliques. En mars et avril 2016, par exemple, la « sainte tunique » est présentée à Argenteuil comme le vêtement porté par le Christ lors de sa Passion. Pendant dix-sept jours, 150 000 pèlerins ont défilé devant un fragment d’étoffe en toile de laine, recousu sur un tissu de satin écru en… 1892.

La cinquième et dernière partie de l’ouvrage consiste en une terrible mise en accusation de Jorge Bergoglio – le pape François. Ce dernier, « pontife pontifiant » qui « dit et ne fait rien », se voit accusé d’une foule de péchés capitaux : la constitution d’un empire immobilier douteux, le détournement de dons au profit de la curie et des diocèses. Il est même soupçonné d’avoir participé à certaines exactions de la junte argentine. ET, de manière générale, il est « le pape qui perpétue » tous les scandales. Christian Delahaye va-t-il trop loin ? Reste que ce livre-enquête, animé d’une puissante colère, semble appuyé sur de solides recherches.


SCANDALES, LES DEFIS DE L’EGLISE CATHOLIQUE, Christian Delahaye, éditions Empreinte, 212 p., 16,90 €.



« Les scandales ne sont certes pas nouveaux dans l’Eglise : des papes ont commandité de nombreux assassinats (Sixte IV), ont été des chefs de guerre (Jules II), des alchimistes (Innocent VIII), des moines ont parasité les misères des paysans, le haut clergé a capté d’énormes bénéfices seigneuriaux (…) L’Eglise de la MPT (Manif pour tous), des évêques et du pape Bergoglio, telle que nous en avons décrit les principaux scandales, s’inscrit-elle encore dans la continuité historique de l’Eglise du 1er siècle ? Conserve-t-elle la substance fondamentale de l’Evangile ? »

*Le Magazine Littéraire, N°580, juin 2017, p. 66.

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